Newstank Culture fait écho à une étude sur la consommation de la musique aux Antilles-Guyane réalisée par Fédérap et le ChewinGum, agence dédiée à la musique enregistrée en Guyane, avec une préférence pour le streaming audio mené par Spotify et Apple Music, et le streaming vidéo porté par YouTube, et des disparités territoriales et économiques (coût de la vie élevé et revenus médians plus faibles) qui freinent l’adoption des abonnements payants. Parallèlement, le support physique est devenu marginal en raison de la disparition quasi totale des points de vente et des surcoûts liés à l’importation.
Pratiques et habitudes d’écoute
Contextes et supports privilégiés
- Lieux d’écoute : La voiture s’impose comme un lieu majeur (86 %), suivie de l’écoute à la maison lors d’autres activités (81 %) et des séances de sport (59 %).
- Appareils : Le téléphone portable domine sans partage (96 %). Les systèmes sonores de véhicules (60 %) et la télévision (49 %) suivent. L’écoute est perçue comme une expérience de plus en plus intime, la chaîne Hi-Fi ne concernant plus que 10 % des usages.
Préférences linguistiques et genres musicaux
Le classement des langues écoutées souligne la place fondamentale de l’identité locale :
- Français (96 %)
- Anglais (92 %)
- Créole (92 %) — Une singularité forte par rapport à l’Hexagone.
- Espagnol (54 %)
Concernant les genres, le Reggae-Dancehall, le Zouk et le Hip-Hop/Rap constituent le trio de tête dans toutes les régions étudiées. À noter une production locale foisonnante, notamment en Guyane.
Analyse de la musique enregistrée
Domination du numérique
Le numérique est le mode principal d’écoute pour 90 % des répondants.
- Streaming Vidéo (31 % des usages numériques) : YouTube est la plateforme leader (28,5 %), privilégiée pour sa gratuité (financement par la publicité pour 68 % de ses utilisateurs) et l’importance du format clip.
- Streaming Audio (62 % des usages numériques) :
- Spotify (25 %) et Apple Music (20 %) se partagent l’essentiel du marché.
- Deezer (7 %) et YouTube Music (5 %) complètent le tableau.
- L’adoption du streaming audio est plus forte aux Antilles (61 %) qu’en Guyane (43 %).
Le marché des abonnements Premium
Le marché est nettement plus jeune qu’en Hexagone. Les 25-34 ans représentent 72 % des abonnés Premium aux Antilles-Guyane, contre seulement 40 % pour la tranche 15-34 ans au niveau national. Les plus de 45 ans ne représentent que 9,5 % des abonnés locaux.
| Type d’offre Streaming Audio | Part des utilisateurs |
| Premium (Individuel) | 66 % |
| Family | 18 % |
| Freemium (Gratuit) | 16 % |
Médias traditionnels et supports physiques
La Radio et la Télévision
Bien qu’en retrait comme mode principal, les médias traditionnels restent forts en usage secondaire (33 %). L’âge moyen des auditeurs est plus élevé (43 ans).
- Médias leaders : Le groupe Trace (fondé par Olivier Laouchez) et NRJ (Antilles/Guyane) dominent les préférences, suivis par les stations du réseau Outre-Mer La 1ère.
- Radios locales : Des stations comme Métis FM, Radio Péyi et KFM maintiennent une présence forte.
Le déclin des supports physiques
Le CD et le vinyle sont devenus des produits de niche, consommés par un public d’une moyenne d’âge de 44 ans.
- Disparition des points de vente : Les grandes enseignes (Fnac, Cultura) présentes sur place ne proposent plus de disques. Il ne reste que de rares disquaires indépendants (Sun’Studio en Guyane, Sunshine Disquaire en Guadeloupe).
- Modes d’achat alternatifs : 50 % des acheteurs se fournissent aux stands de merchandising lors des concerts et 43 % via les sites directs des artistes.
Freins économiques et enjeux de développement
L’impact du coût de la vie
Le coût élevé de la vie dans les DROM (14 % à 16 % de plus qu’en Hexagone, jusqu’à +40 % pour l’alimentaire) réduit le budget alloué à la culture. Les abonnements payants (120 € à 240 € par an) sont jugés “non adaptés” par une partie de la population.
Obstacles logistiques et fiscaux
L’achat de supports physiques en ligne est pénalisé par :
- Des frais de port élevés.
- L’application de l’octroi de mer et de la TVA locale.
- Des frais de gestion douanière imposés par les transporteurs.
Rémunération des artistes
Un défi pédagogique majeur subsiste : la consommation gratuite (vidéo) prédomine, mais elle ne représente que 7 % des revenus de la musique enregistrée. L’étude souligne qu’un “travail pédagogique sur la rémunération des artistes […] est primordial pour permettre l’expansion concrète des artistes ultramarins”. Le manque de distributeurs spécialisés et d’outils de suivi des écoutes freine également la structuration de la filière locale.
Modes de découverte
Les réseaux sociaux sont la première source de découverte. Cependant, des différences territoriales apparaissent dans l’usage des nouvelles technologies :
- Recommandations algorithmiques : Très utilisées en Guadeloupe (61 %), mais beaucoup moins en Martinique (28 %) et en Guyane (21 %).
- Playlists éditoriales : Leur usage reste marginal (14 %), faute d’une éditorialisation suffisante dédiée aux genres ultramarins (à l’exception de quelques initiatives sur Deezer).